
Le Département de l’instruction publique (DIP) a interrogé les élèves genevois, de la 7e primaire à la fin du secondaire II, sur l’intelligence artificielle. Plus de 12’000 ont répondu. Les premiers résultats, présentés le 27 octobre 2026 à Uni Dufour, dessinent une génération qui utilise déjà l’IA, veut continuer à apprendre par elle-même et réclame surtout des règles claires. Un miroir pour les adultes en poste, dont l’usage progresse plus vite que la formation.
En résumé (TL;DR)
- Plus de 12’000 élèves genevois ont répondu au questionnaire du DIP (premiers résultats présentés le 27 octobre 2026).
- Près de 8 sur 10 au secondaire II utilisent l’IA au moins plusieurs fois par mois; 83% jugent pourtant important d’apprendre par soi-même.
- Environ 4 sur 10 seulement savent précisément ce qu’ils ont le droit de faire avec l’IA: la première demande des élèves est un cadre clair.
- Chez les adultes, la tendance s’inverse: 64% des salarié·e·s dans le monde utilisent l’IA au travail, mais l’accès à la formation recule (51% contre 59% un an plus tôt, PwC 2026).
IA à l’école à Genève: la consultation du DIP en deux minutes
Du 14 au 25 septembre 2026, le DIP a soumis un questionnaire à tous les élèves de l’enseignement obligatoire, du secondaire II et de l’enseignement spécialisé, dès la 7e primaire. Les questions ont été élaborées avec des spécialistes de l’éducation et de l’IA, ainsi qu’avec le Conseil de la jeunesse. Trois thèmes: les usages, les interrogations et les attentes envers l’école.
Anne Hiltpold, conseillère d’État chargée du DIP et présidente du Conseil d’État, a fait de l’IA le fil rouge de son année présidentielle. Le département dit vouloir partir des besoins des jeunes plutôt que de décider à leur place (communiqué du DIP du 14 septembre 2026). La démarche s’inscrit dans la perspective du Sommet mondial sur l’IA, prévu à Genève en juin 2027.
Les premiers résultats ont été présentés le 27 octobre 2026 lors d’une table ronde publique à Uni Dufour, animée par Philippe Verdier. Trois membres du Conseil de la jeunesse y ont exposé les chiffres, puis interrogé neuf spécialistes. La soirée est disponible en replay sur Léman Bleu. À la date de rédaction, le DIP n’a publié aucun résultat écrit: les chiffres qui suivent sont ceux annoncés oralement ce soir-là.
Ce que les 12’000 élèves ont répondu
Précaution de lecture, rappelée sur scène: plusieurs chiffres proviennent de questions différentes selon les degrés. Ils indiquent des tendances, pas des comparaisons au point près.
Un usage installé dès le primaire
«L’intelligence artificielle fait déjà partie du quotidien des élèves», a résumé Anne Hiltpold en ouverture. Un peu plus de 4 élèves sur 10 au primaire l’utilisent au moins plusieurs fois par mois. Ils sont environ 7 sur 10 au cycle d’orientation et près de 8 sur 10 au secondaire II.
L’usage dominant est l’aide à la compréhension. Au secondaire II, 62% disent recourir souvent ou très souvent à l’IA pour mieux comprendre. L’IA est aussi entrée en classe: environ un quart des élèves du primaire et du cycle disent l’y avoir déjà utilisée, et 6 sur 10 au secondaire II.
Apprendre par soi-même plutôt que tout déléguer
C’est le résultat le plus frappant. Environ 70% des élèves du cycle et 83% de ceux du secondaire II jugent important d’apprendre par soi-même, même quand l’IA peut facilement donner la réponse. En parallèle, 49% au cycle et 61% au secondaire II craignent de moins apprendre ou de moins réfléchir à cause de l’IA.
Des règles floues, une demande de cadre
Dans les trois degrés, environ 4 élèves sur 10 seulement disent savoir précisément ce qu’ils ont le droit de faire avec l’IA. Plus d’un quart ignorent même s’il existe des règles. Dans les réponses ouvertes, beaucoup demandent un cadre compréhensible: quels usages sont autorisés, et quand signaler le recours à l’IA.
Les cours sur l’IA, eux, divisent. Au primaire, 35% en souhaitent, contre 41% qui n’en ressentent pas le besoin. Au cycle, le oui l’emporte (41% contre 31%). Au secondaire II, 19% l’expriment spontanément dans les réponses ouvertes. Disposer d’une IA à l’école intéresse davantage: 44% au cycle, 49% au secondaire II.
Une IA confidente, un avenir qui inquiète
L’IA dépasse le cadre scolaire. Au primaire, 26% des élèves ont déjà discuté avec une IA d’un sujet qui les préoccupait, et 34% estiment qu’elle ne les juge pas. Un élève la compare même à «un meilleur ami qui sait tout».
Côté avenir, environ 41% des élèves du cycle et 58% de ceux du secondaire II s’inquiètent des effets de l’IA sur les métiers. Dans les centres de formation professionnelle, sur 707 participant·e·s, environ un tiers jugent absolument nécessaire d’apprendre à utiliser l’IA pour entrer dans le monde du travail. Un apprenti employé de commerce a résumé l’inquiétude dans la salle: ce qu’il apprend dans son CFC sera-t-il encore utile si l’IA automatise son métier?
Ce que les spécialistes et le DIP en retiennent
Le panel réunissait Francesco Mondada (EPFL), Charlyne Restivo (Union internationale des télécommunications), Nicolas Szilas, Gaëlle Molinari, Emmanuel Sander, David Sander, Julien Deonna et Hugo Duminil-Copin (Université de Genève), ainsi que Fanny Boitard, enseignante de mathématiques à l’ECG Nicolas-Bouvier. Plusieurs messages reviennent d’une intervention à l’autre.
- Une IA parle, elle ne sait pas. Francesco Mondada a rappelé qu’un chatbot repose sur un modèle de langage, pas sur un modèle de connaissances. Plutôt que de lui demander une information, mieux vaut s’en servir pour remonter vers des sources.
- Le risque de capitulation cognitive. Gaëlle Molinari décrit la tendance naturelle à déléguer à la fois le contenu et le contrôle. Son conseil: développer d’abord son expertise sans l’IA, puis utiliser l’IA pour se mettre au défi.
- Deux règles simples en classe. Selon Fanny Boitard, c’est l’enseignant·e qui décide quand et comment utiliser l’IA, et tout travail réalisé avec elle doit le mentionner.
- Les métiers changent déjà. Hugo Duminil-Copin, médaille Fields 2022, constate que l’IA résout aujourd’hui des problèmes qui lui résistent. Mais selon lui, «quand on a acquis une compétence, elle ne disparaît pas comme ça».
Côté programme, l’IA figure déjà dans le Plan d’études romand, en éducation numérique à l’école obligatoire et en informatique au secondaire II. Pour la suite, Anne Hiltpold a annoncé des ateliers en classe, des appels à projets et un hackathon organisé par des apprenti·e·s. Les jeunes seront aussi invités à préparer des propositions sur la gouvernance de l’IA pour le sommet de juin 2027, qui se tiendra à Palexpo en même temps que le sommet AI for Good de l’UIT.
L’intelligence artificielle à l’école en Suisse romande: un outil par canton
À la rentrée 2026, les cantons ont fait des choix différents (EPFL Actualités, août 2026):
- Genève recommande duck.ai, qui donne accès à plusieurs modèles.
- Vaud déploie «IA in the Box», un outil hors ligne utilisé uniquement en classe.
- Fribourg mise sur Copilot Chat.
- Neuchâtel et le Valais proposent un outil comparable au secondaire I.
- Le Jura s’en tient aux recommandations de la CIIP.
Pendant ce temps, chez les adultes: une fracture générationnelle face à l’IA au travail
Les adultes utilisent l’IA de plus en plus. Selon le Global Workforce Hopes and Fears Survey 2026 de PwC, une enquête mondiale, 64% des salarié·e·s ont utilisé l’IA au travail au cours des douze derniers mois, 10 points de plus qu’un an plus tôt. 22% utilisent l’IA générative chaque jour, contre 14% l’année précédente.
La formation ne suit pas. Seuls 51% estiment avoir accès aux ressources de formation nécessaires, contre 59% un an plus tôt. Et parmi les 56% de salarié·e·s qui forment ce que PwC appelle la «salle des machines», 2 sur 5 seulement ont accès à la formation.
En Suisse, l’UBS Outlook Suisse de mai 2026, fondé sur une enquête d’Intervista auprès d’environ 2’500 entreprises, montre que 60% d’entre elles utilisent déjà l’IA, mais peu de manière systématique. 59% citent la protection des données et la sécurité comme risque principal.
| Les élèves genevois | Les personnes actives | |
|---|---|---|
| Usage | Près de 8 sur 10 au secondaire II, au moins plusieurs fois par mois | 64% ont utilisé l’IA au travail en un an (PwC 2026, monde) |
| Cadre | 4 sur 10 savent précisément ce qui est permis | 60% des entreprises suisses utilisent l’IA, peu de manière systématique (UBS 2026) |
| Formation | L’IA figure au Plan d’études romand, ateliers prévus cette année | 51% estiment avoir accès à la formation nécessaire, contre 59% un an plus tôt (PwC 2026, monde) |
| Apprendre par soi-même | 83% au secondaire II le jugent important | 4 sur 10 ont dû mobiliser de nouvelles compétences dans une large mesure (PwC 2026, monde) |
Le parallèle est net. À l’école comme au bureau, l’usage a précédé le cadre. La différence: l’école genevoise vient de demander leur avis aux élèves et prépare des ateliers, alors que du côté des adultes, l’accès à la formation recule.
Trois implications pour les personnes actives et les RH
1. Les recrues de demain demanderont des règles claires
Les élèves du secondaire II consultés cet automne arriveront en entreprise ou en apprentissage d’ici deux à cinq ans. Ils auront l’habitude de l’IA, et l’école leur enseigne déjà une règle simple: signaler quand on s’en est servi. D’après UBS, 66% des entreprises suisses anticipent un besoin accru en compétences numériques.
Action: écrivez en une page ce qui est autorisé avec l’IA dans votre équipe, ce qui ne l’est pas, et quand son usage doit être signalé.
2. La protection des données devient une compétence de base
Charlyne Restivo a donné aux élèves un réflexe qui vaut pour tout le monde: ne jamais confier à une IA ce que l’on ne voudrait pas voir devenir public. Dans les entreprises suisses, la protection des données est le premier risque cité. Le sujet ne relève plus seulement du service informatique. Pour les usages sensibles, des alternatives hébergées en Suisse existent: notre comparatif des IA souveraines suisses les passe en revue.
Action: listez les informations à ne jamais saisir dans un outil d’IA grand public (données clients, données RH, chiffres non publiés), puis présentez cette liste en séance d’équipe.
3. L’expertise d’abord, la certification ensuite
Répondant à l’apprenti employé de commerce, Gaëlle Molinari a rappelé que l’humain reste derrière l’IA pour vérifier. Sans avoir appris le domaine sur lequel travaille l’IA, a-t-elle ajouté, «vous ne pouvez pas vérifier». Pour un adulte en poste, c’est l’argument central: se former à l’IA, c’est d’abord consolider son métier.
Ces compétences se certifient désormais, y compris au niveau fédéral. Le brevet fédéral AI Business Specialist dispose d’un règlement d’examen approuvé par le SEFRI le 7 octobre 2025. La première session de l’examen fédéral a lieu cet automne 2026, et personne ne détient encore ce titre.
Action: définissez le niveau visé pour chaque poste. Un usage quotidien et sûr relève d’une formation courte, la conduite de projets IA d’un parcours long et certifiant.
«Dans mes échanges avec les entreprises romandes, le constat rejoint celui des élèves genevois: les équipes utilisent déjà l’IA, mais sans cadre clair ni formation structurée. Chez un client romand, nous formons en ce moment des groupes qui vont des cadres directeurs aux équipes métier, chacun sur ses propres cas concrets. Ce qui fait la différence, ce n’est pas l’outil: c’est un cadre explicite et des exercices ancrés dans le quotidien des participant·e·s. Les entreprises qui avancent sont celles qui forment tout le monde, pas seulement les profils techniques.»
Silvia Sampaio, directrice adjointe d’On Future
Se former à l’IA quand on n’est plus à l’école
Les élèves genevois auront des ateliers en classe. Les adultes en poste, eux, doivent aller chercher la formation. Notre guide de la formation IA en Suisse romande compare les options; plusieurs niveaux existent selon le besoin.
- Pour un usage professionnel sûr: des certificats de compétences courts, centrés sur les outils, la vérification des résultats et la protection des données.
- Pour piloter l’IA dans une équipe ou une entreprise: le certificat professionnel en stratégie IA.
- Pour viser une reconnaissance fédérale: la préparation à l’examen du brevet fédéral AI Business Specialist. Les premiers candidat·e·s préparé·e·s par On Future se présenteront à l’examen à l’automne 2027. Le titre est délivré par la Confédération après réussite de l’examen.
Côté financement, la Confédération prend en charge une partie des frais des cours préparatoires au brevet fédéral, et certaines formations sont éligibles au chèque annuel de formation du canton de Genève. Le détail figure dans notre guide pour financer un brevet fédéral en Suisse romande.
On Future, institut certifié eduQua, propose ces parcours à Genève et à Lausanne. Formats et dates sur la page de nos formations en intelligence artificielle.
En synthèse
Les élèves genevois utilisent massivement l’IA, veulent continuer à apprendre par eux-mêmes et réclament des règles claires. Les adultes en poste vivent la même situation, avec un accès à la formation en recul. Pour une personne active, le premier pas tient en deux gestes: vérifier ce que produit l’IA, et renforcer son expertise métier pour pouvoir le faire.
FAQ: l’IA à l’école à Genève et la formation des adultes
Qu’est-ce que la consultation du DIP sur l’IA à l’école?
C’est un questionnaire diffusé du 14 au 25 septembre 2026 à tous les élèves genevois, de la 7e primaire à la fin du secondaire II, enseignement spécialisé compris. Plus de 12’000 ont répondu sur leurs usages de l’IA, leurs interrogations et leurs attentes. Les premiers résultats ont été présentés lors d’une table ronde publique le 27 octobre 2026.
Quels outils d’IA les écoles genevoises utilisent-elles?
Pour la rentrée 2026, Genève recommande duck.ai, un service qui donne accès à plusieurs modèles d’IA. C’est l’enseignant·e qui décide quand et comment l’utiliser en classe. Les autres cantons romands ont fait d’autres choix, comme un outil hors ligne dans le canton de Vaud ou Copilot Chat à Fribourg.
Que demandent les élèves genevois à propos de l’IA?
Avant tout un cadre clair: seuls 4 sur 10 savent précisément ce qu’ils ont le droit de faire avec l’IA. Ils tiennent aussi à apprendre par eux-mêmes (83% au secondaire II) et craignent de moins réfléchir. La demande de cours sur l’IA est plus partagée selon les degrés.
Quand aura lieu le Sommet mondial sur l’IA à Genève?
Il se tiendra en juin 2027 à Palexpo, en même temps que le sommet AI for Good de l’UIT. Le DIP prévoit d’y faire entendre la voix des élèves genevois sur la gouvernance de l’IA.
Comment un adulte peut-il se former à l’IA en Suisse romande?
Il existe des formations courtes pour un usage professionnel sûr des outils, des certificats plus longs pour piloter des projets, et la préparation à l’examen du brevet fédéral AI Business Specialist pour une reconnaissance fédérale. Une partie des frais peut être financée, selon la formation et le canton.
Pour aller plus loin
Pour approfondir le sujet de l’IA et de la formation en Suisse romande, nous vous recommandons les articles suivants:
- Étude PwC 2026: adoption record de l’IA au travail, 1 salarié·e sur 2 a accès à la formation
- IA souveraine suisse: le comparatif 2026 (Euria, Apertus, Lumo, myAI)
- Rapport sur l’éducation en Suisse 2026: ce qu’un actif romand doit en retenir
- Brevet Fédéral AI Business Specialist: tout comprendre sur la nouvelle certification IA suisse
- Formation IA en Suisse romande: le guide complet
Sources
- DIP — Intelligence artificielle à l’école: le DIP donne la parole aux élèves (communiqué, 14 septembre 2026)
- État de Genève — IA & éducation, table ronde publique (27 octobre 2026)
- Léman Bleu — IA: les élèves ont leur mot à dire (replay de la table ronde du 27 octobre 2026)
- EPFL Actualités — L’IA fait sa rentrée dans les écoles romandes (19 août 2026)
- PwC — Global Workforce Hopes and Fears Survey 2026, via notre analyse de l’étude
- UBS — Outlook Suisse, mai 2026, via notre analyse de l’étude