90,1 %. C’est le taux de jeunes adultes qui obtiennent une certification du degré secondaire II en Suisse, mesuré sur la cohorte âgée de 15 ans en 2013 et observée à 25 ans en 2022. Le chiffre paraît élevé, mais il est en recul continu: 91,5 % en 2016, 91,1 % en 2019, 90,1 % en 2022 (source: OFS, repris par CSRE 2026, p. 118). L’objectif des 95 % fixé par la Confédération, les cantons et les partenaires sociaux en 2006 ne s’éloigne pas seulement: il s’éloigne d’année en année.
C’est l’un des nombreux signaux que livre la cinquième édition du Rapport sur l’éducation en Suisse, publiée en mars 2026 par le Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation (CSRE) sur mandat du SEFRI et de la CDIP. Plus de 400 pages, qui couvrent toutes les filières du système éducatif suisse, de l’école obligatoire à la formation continue. Notre objectif ici n’est pas de le résumer ligne à ligne : les institutions concernées le font déjà très bien. Notre angle est différent. En tant qu’institut de formation continue actif en Suisse romande, On Future propose une lecture orientée employabilité: ce qu’un actif, salarié, indépendant ou en transition, doit retenir du rapport 2026 pour piloter sa carrière dans les cinq prochaines années. Une dernière section synthétise enfin trois implications concrètes côté RH et décideurs.

Le rapport sur l’éducation 2026 en bref
Qui l’a publié et dans quel cadre
Le Rapport sur l’éducation en Suisse est publié à intervalles réguliers par le Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation (CSRE), sur mandat conjoint du Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) et de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP). La direction du projet est assurée par Stefan C. Wolter, économiste de l’éducation, avec une équipe d’auteurs incluant notamment Samuel Lüthi et Maria A. Cattaneo.
Pourquoi il fait référence depuis 2010
Cinq éditions régulières ont paru depuis le rapport pilote de 2006 : en 2010, 2014, 2018, 2023 et 2026. Le rapport synthétise l’ensemble des données et études disponibles, croisant statistiques fédérales (OFS, LABB, PISA), recherches académiques et indicateurs cantonaux. Il sert de socle commun aux décisions de pilotage de la Confédération et des cantons, et est repris par la quasi-totalité des acteurs économiques, Union patronale suisse, Panorama, organismes de branche, pour ajuster leurs politiques de formation. C’est, en pratique, le document de référence à chaque cycle.
7 chiffres clés à retenir du rapport 2026
L’objectif des 95 % s’éloigne et ce n’est pas un hasard
Un recul que personne n’arrive à enrayer
Le constat le plus inquiétant du rapport 2026 est paradoxalement le plus discret. En 2006, la Confédération, les cantons et les partenaires sociaux s’étaient fixé un objectif: 95 % des jeunes Suisses âgés de 25 ans devraient posséder un diplôme du degré secondaire II (CFC, AFP, maturité gymnasiale, certificat ECG, maturité professionnelle ou spécialisée). Vingt ans plus tard, non seulement l’objectif n’est pas atteint, mais le taux recule: 91,5 % en 2016, 91,1 % en 2019, 90,1 % en 2022. Les femmes obtiennent de meilleurs résultats que les hommes (91,6 % vs 88,5 %), et l’écart entre élèves suisses et étrangers reste marqué (92,1 % vs ~85 %, p. 118).
Le levier qui marche: la formation professionnelle
Le rapport identifie un fait massif: plus un canton a une part élevée de diplômes professionnels au secondaire II, plus son taux de certification à 25 ans est élevé. La corrélation est très forte, plus de 70 % des écarts de taux entre cantons s’expliquent par la balance formation professionnelle vs formation générale (p. 119). Autrement dit: la formation professionnelle initiale n’est pas seulement une voie d’orientation parmi d’autres; c’est la principale machine à certification du système suisse. Les cantons qui s’éloignent de l’objectif des 95 % sont aussi ceux qui ont historiquement misé davantage sur la voie générale.
L’enjeu pour les actifs et les employeurs romands
Pour un actif romand ou une entreprise basée à Genève, Lausanne ou Sion, le constat n’est pas qu’une statistique : c’est un signal direct sur le bassin de talents disponibles. Une part de jeunes certifiés en recul, c’est mécaniquement un vivier d’entrée moins large pour les apprentissages et les postes qualifiés à 18-20 ans. Pour les employeurs, cela renforce le poids de deux leviers compensatoires: la formation continue interne et la requalification d’adultes en reconversion, notamment via les certifications fédérales (CFC pour adultes, brevets, diplômes).
Contre-intuitif: la formation professionnelle recule à l’entrée du secondaire II
De 73 % à moins de 70 % en huit ans
Le rapport documente un mouvement que peu commentent: à la sortie de l’école obligatoire, la part des jeunes qui s’orientent vers la formation professionnelle initiale a baissé entre 2014 et 2022, passant de presque 73 % à moins de 70 % (p. 114). Et le scénario de référence de l’Office fédéral de la statistique prévoit une part autour de 68 % à l’horizon 2033. La voie professionnelle reste largement majoritaire, mais l’érosion est nette, au profit du gymnase et des écoles de culture générale.
Une procédure de qualification toujours très solide
Heureusement, la qualité de la voie professionnelle ne se dégrade pas : selon les données 2024 de l’OFS, parmi les candidats qui se présentent à la procédure de qualification (l’examen de fin d’apprentissage), 94 % réussissent au premier essai et environ 99 % après d’autres tentatives (Graf et al., 2024 ; p. 144). Ces taux sont stables dans le temps, à l’exception de l’année 2020 perturbée par la pandémie. Le travail pratique reste la cause la plus fréquente d’échec quand il y a échec, ce qui souligne l’importance de la qualité d’encadrement en entreprise.
Ce que cela signifie pour les actifs romands
Pour un adulte qui réfléchit à une reconversion ou à une consolidation de son profil, ces données envoient deux messages contre-intuitifs. Premièrement, la voie professionnelle perd en attractivité chez les jeunes, mais reste très efficace: le taux de réussite à l’examen de fin d’apprentissage est l’un des plus hauts d’Europe. Deuxièmement, l’écosystème de certifications fédérales qui en découle (brevets fédéraux, diplômes fédéraux, CFC pour adultes) reste l’un des chemins les plus rentables pour upgrader son employabilité sans repasser par un cursus académique long. C’est précisément la mécanique sur laquelle s’appuient les parcours de financement de la formation côté Confédération, contributions fédérales aux examens, aides cantonales, qui rendent ces certifications particulièrement accessibles, y compris pour des actifs déjà engagés dans la vie professionnelle.
Formation continue: sommet de diplomation, mais participation en recul depuis Covid
50 % des 25-34 ans diplômés du tertiaire : au-dessus de la moyenne OCDE
Le rapport 2026 confirme que la Suisse reste l’un des pays les plus diplômés de l’OCDE : autour de 50 % des 25-34 ans titulaires d’un diplôme du degré tertiaire en 2022, contre une moyenne OCDE à 47 % (p. 196). Le chiffre couvre à la fois les diplômes des hautes écoles (universités, EPF, HES, HEP) et la formation professionnelle supérieure (brevets, diplômes, écoles supérieures), qui représente environ un tiers de tous les diplômes du tertiaire suisse. Cette inclusion est légitime parce que dans d’autres pays sans système de FP supérieur distinct, ces qualifications sont absorbées par les universités. Plus de 20 % des jeunes en Suisse possèdent un diplôme postgrade (master ou supérieur), ce qui place le pays dans le haut du tableau, sans toutefois atteindre les niveaux de la Corée, du Canada, du Japon ou de l’Irlande.
Mais la participation à la formation continue a reculé depuis la pandémie
Le constat moins flatteur, et plus important pour les actifs: la participation à la formation continue non formelle (cours, séminaires, formations en entreprise) a globalement reculé depuis la pandémie de Covid-19 et s’est stabilisée à un niveau plus bas (CSRE 2026, p. 343-344, sur la base des données ESPA de l’OFS). La formation continue extraprofessionnelle a baissé encore plus fortement que la formation professionnelle. Or les écarts entre les profils restent considérables : les personnes sans formation postobligatoire participent nettement moins que celles qui détiennent un diplôme tertiaire (p. 350 et suivantes). Pour le rapport, cet écart reste l’un des principaux angles morts de l’égalité des chances en Suisse.
C’est tout l’argumentaire derrière l’investissement croissant des entreprises romandes dans la formation continue de leurs collaborateurs, et derrière les dispositifs de financement individuel : aides cantonales et fédérales, contributions employeur, ou subventions fédérales aux brevets et diplômes fédéraux. Le rapport 2026 ne révolutionne pas ce constat, mais il chiffre et institutionnalise la fragilité du système, un repli post-Covid qui n’est pas remonté, ce qui change la donne dans les négociations RH et les discussions budgétaires.
IA, numérique et compétences: la grande équation du rapport 2026
Premières données représentatives sur l’usage de l’IA à l’école (2024)
L’une des nouveautés majeures de l’édition 2026 est l’intégration des premières données représentatives sur l’usage de l’IA générative à l’école, collectées en 2024 dans le cadre du monitorage de la numérisation du CSRE (p. 56-57). Près de la moitié des élèves du degré primaire ont déjà utilisé une application d’IA (ChatGPT, génération d’images, traduction) à l’école ou à la maison pour leurs tâches scolaires. Au degré secondaire I, cette proportion atteint déjà 90 %. Frappant: la fréquence d’utilisation est quasi identique à l’école et à la maison, l’IA n’est pas un outil cantonné à la classe, c’est une pratique de fond.
Ce que cela change pour la formation continue des adultes
Si l’école doit s’adapter, le monde du travail l’a déjà fait, et plus vite que prévu. Pour les actifs romands, le signal est clair: la formation continue dédiée à l’IA n’est plus un sujet de niche. C’est devenu un levier transversal d’employabilité, comparable à ce que le digital représentait il y a quinze ans. C’est dans cette logique que des certifications spécifiquement orientées sur l’IA appliquée au business émergent, comme le brevet fédéral AI Business Specialist, qui répond à une demande de profils capables d’industrialiser les usages IA en entreprise plutôt que de simplement les expérimenter. Pour aller plus loin sur le marché de l’emploi côté IA en Suisse, voir notre panorama dédié: l’emploi IA en Suisse en 2026.
4 leviers concrets pour rester employable d’ici 2030
Une fois les chiffres lus, reste la question pratique : que faire concrètement avec ces données quand on est un actif romand? Quatre leviers se dégagent de la lecture transversale du rapport.
- Sécuriser une certification fédérale tous les 4 à 6 ans. CFC pour adultes, brevet fédéral, diplôme fédéral ou MAS / EMBA selon le niveau de départ. Le rapport confirme que la diplomation tertiaire reste un facteur structurant d’employabilité en Suisse, et que la formation professionnelle supérieure pèse pour un tiers des diplômes du tertiaire.
- Intégrer un module IA / numérique dans son plan de formation. Pas nécessairement une formation longue : un module ciblé sur les usages professionnels de l’IA générative, l’automatisation, ou les outils data, selon le métier exercé.
- Activer les aides au financement. Beaucoup d’actifs ignorent qu’une partie significative du coût de leur formation peut être couverte par des contributions fédérales ou cantonales, particulièrement pour les brevets et diplômes fédéraux.
- Choisir un institut ancré localement. Pour les actifs romands, privilégier un parcours suivi à Genève ou en Suisse romande permet de combiner réseau professionnel local et reconnaissance fédérale.
Côté RH et décideurs: 3 implications à intégrer dès maintenant
Pour les responsables RH, formation et direction d’entreprise, le rapport 2026 consolide trois tendances qui ont des conséquences opérationnelles immédiates sur la planification des compétences.
| Tendance documentée par le rapport 2026 | Implication RH / Décideur |
|---|---|
| Recul du taux de certification au secondaire II (90,1 % en 2022, en baisse continue depuis 2016). | Vivier de jeunes certifiés qui s’érode : sécuriser les pipelines d’apprentissage, formaliser des parcours internes de qualification adultes (CFC pour adultes, brevet professionnel) plutôt que de surpondérer le sourcing externe. |
| Érosion de la part de la formation professionnelle initiale (~73 % → <70 % entre 2014 et 2022, projection 68 % en 2033), mais réussite à la procédure de qualification stable à 94 %. | Réinvestir activement le canal apprentissage : la qualité du système dual reste très élevée, mais le vivier rétrécit. Renforcer la marque employeur côté formation duale et valoriser les certifications fédérales dans les grilles internes. |
| Diffusion structurelle de l’IA générative chez les jeunes (50 % au primaire, 90 % au secondaire I) et participation à la formation continue qui n’a pas remonté depuis Covid. | Inscrire un budget dédié IA / automatisation dans le plan de formation annuel ; cibler en priorité les fonctions support et commerciales, les plus exposées aux gains de productivité IA. Réactiver les actifs qui ne se forment plus depuis la pandémie. |
Pour aller plus loin sur la traduction de ces enjeux en plan de formation d’entreprise, voir nos parcours dédiés en management RH.
FAQ — Rapport sur l’éducation en Suisse 2026
Qui publie le rapport sur l’éducation en Suisse?
Le rapport est publié par le Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation (CSRE), sur mandat conjoint du Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) et de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP). La direction du projet est assurée par Stefan C. Wolter.
Quand le rapport sur l’éducation est-il publié?
Le rapport paraît à intervalles réguliers, en moyenne tous les quatre ans. Cinq éditions régulières ont paru depuis le rapport pilote de 2006 : en 2010, 2014, 2018, 2023 et 2026. L’édition 2026 est la cinquième de la série.
Quelle est la principale nouveauté du rapport 2026?
L’une des nouveautés majeures de l’édition 2026 est l’intégration des premières données représentatives sur l’usage de l’intelligence artificielle générative à l’école, collectées en 2024 dans le cadre du monitorage de la numérisation. Près de la moitié des élèves du degré primaire et 90 % des élèves du secondaire I ont déjà utilisé des applications d’IA pour leurs tâches scolaires.
Pourquoi la Suisse n’atteint-elle pas l’objectif des 95 % de certification au secondaire II?
Avec 90,1 % de jeunes adultes certifiés en 2022, la Suisse s’éloigne de l’objectif de 95 % fixé en 2006 par la Confédération, les cantons et les partenaires sociaux. Le taux est en recul continu depuis 2016 (91,5 % → 91,1 % → 90,1 %). Le rapport 2026 montre que les cantons qui ont une part élevée de formation professionnelle dans leurs diplômes du secondaire II affichent les meilleurs taux de certification : plus de 70 % des écarts entre cantons s’expliquent par cette balance entre voie professionnelle et voie générale.
Que retenir du rapport 2026 pour la formation continue en Suisse romande?
Le rapport confirme que la Suisse reste l’un des pays les plus diplômés du tertiaire (50 % des 25-34 ans, contre 47 % en moyenne OCDE), mais documente un recul de la participation à la formation continue depuis la pandémie de Covid-19 qui ne s’est pas redressé. Pour les actifs, les certifications fédérales (brevets, diplômes) restent l’un des leviers les plus efficaces pour maintenir et augmenter leur employabilité, dans un contexte où l’IA et le numérique font évoluer rapidement les compétences attendues.
En synthèse
Le Rapport sur l’éducation en Suisse 2026 ne bouleverse pas le système : il en confirme la solidité et en pointe les angles morts. Pour un actif romand, le message tient en quelques lignes. La voie professionnelle perd en attractivité chez les jeunes mais reste très efficace ; le tertiaire suisse dépasse la moyenne OCDE ; l’objectif des 95 % de certification au secondaire II s’éloigne ; la participation à la formation continue n’est jamais remontée depuis Covid ; et l’IA s’installe désormais dans les compétences de base attendues. La fenêtre d’action n’est pas dans cinq ans : elle est maintenant.
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Source principale : CSRE (2026). L’éducation en Suisse — rapport 2026. Aarau : Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation. ISBN 978-3-905684-28-5. Direction du projet : Stefan C. Wolter. Disponible sur skbf-csre.ch.
Sources complémentaires : CDIP, SEFRI, Panorama (interview Samuel Lüthi, co-auteur du rapport), Office fédéral de la statistique (OFS, données LABB et ESPA).